mercredi 5 mars 2008

Une histoire qui m'interpelle

Mere_20et_20fille_256 Jolies vacances de février avec ma fille et ses trois enfants, et rencontre d'une amie par hasard, au détours d'une promenade. Papotage de femmes entre elles. Je lui parle de ce séjour dans une grande maison partagée, et elle me confie ses inquiétudes.

Sonia, a eu, et a encore une mère très froide, très sévère, qui n'a jamais toléré la moindre contrariété, et n'a montré à ses enfants que son côté épouse-amante sûre de son pouvoir sur les autres et les hommes en particulier. Elle considérait la maternité comme une erreur de route. Elle n'a d'ailleurs jamais manqué de le dire à sa fille dès son plus jeune âge :"Je ne te voulais pas, et à cause de toi, je me suis marié avec ton père, alors que j'étais faite pour une vie plus brillante".

La petite fille ne comprenait pas? Elle se sentait si triste d'avoir une aussi jolie maman qui n'était pas heureuse à cause d'elle, surtout que, au début, elle ne voyait pas du tout le lien entre sa naissance et le mariage de ses parents. Les enfants croient toujours que les parents ont toujours été ensembles. Ses copines n'avaient pas l'air d'avoir le même genre de problème. Alors, elle n'en parlait pas. Sa maman ne l'embrassait jamais, "ça ne se faisait pas", et quand Sonia voulait quand même un câlin, elle la repoussait en lui disant que son papa n'aimait pas cela et était jaloux.  Les baisers c'était fait que pour les adultes.

Mon amie voyait bien que les autres parents n'étaient pas tous ainsi, et elle se disait que, comme c'était sa faute, elle ne devait pas être comme les autres. D'ailleurs, sa maman lui disait souvent, surtout quand elle a commencé à grandir : "Tu n'es pas comme  les autres", "tu ne te marieras jamais", "tu resteras vieille fille". Rester "vieille fille" c'était dans la bouche de sa mère, l'insulte suprême, parce que, il y a 40 ans, une femme, il lui fallait un mari. Enfin surtout dans la tête de sa mère. Elle emmenait donc Sonia dans les bals dès ses quinze ans, et pendant que la jeune fille faisait triste mine et s'ennuyait ferme, mal à l'aise dans son corps de petite fille déguisée en femme, sa maman dansait, et là au moins elle semblait heureuse.

Lorsque la fête était terminée, la pauvre Sonia entendait les reproches pleuvoir sur elle et sur sa mauvaise volonté à se trouver un fiancé. C'était affreux, parce qu'elle n'en trouvait pas un à son goût et ne rêvait que de retrouver la maison, sa douce grand mère et ses livres.

Elle était pourtant sensible à sa féminité naissante, et se regardait de longs moments dans le miroir en cachette. Elle se disait que ses joues rondes de bébé , ses cheveux bruns et sa minceur extrême devait y être pour quelque chose. L'époque n'était pas aux "petites Vanessa Paradis" comme elle, mais aux filles plus enveloppées et plus grandes. Donc, sa mère avait raison, elle n'était pas comme les autres. Alors elle était maladroite, timide, et n'osait pas s'essayer à ces nouvelles danses comme le twist et le madison. Elle ne se sentait pas à sa place, nulle part. Elle n'aimait que rêver, lire, et imaginer plus tard, quand elle aurait enfin un mari qui lui ne serait pas jaloux de ses enfants.

Aujourd'hui elle est grand-mère. Elle a un mari qui aime les enfants et les petits enfants.

Elle a donc eu des enfants. Elle les voulait. Elle n'a jamais regretté.

Mais elle pense encore aujourd'hui à ce grand vide blanc qui lui manquera toujours. Elle se dit qu'elle n'a jamais appris à être une maman, et que sans doute elle ne savait pas bien faire, et qu'elle a fait des erreurs.

Son manque de petite fille, elle en avait fait une "norme"et elle avait oublié que l'amour "ça se montre". Elle pensait que s'aimer c'était "une évidence", et forcement quand sa fille est devenue une adolescente rebelle, elle lui a jeté en pleine figure "cette petite fille que sa mère n'embrassait jamais", et que Sonia avait fait semblant d'oublier.

Ce fut long, douloureux et difficile, et mon amie m'a raconté les mots qu'on ne se dit jamais, parce qu'on a trop bien enregistré les leçons de la petite enfance. On ne se doute pas combien de temps on enfouit ses manques en les transformant en règles de vie, jusqu'au jour où ils vous sautent au visage.

Sonia a encore peur, même si maintenant elle sait et  comprend. Elle se dit toujours : "mais comment c'est une vraie mère ?" Est ce celle qui essaie aujourd'hui de combler ses manques à coup de blanquettes et de confitures pour sa grande fille et son fils de plus de 30 ans et ses petits enfants ? Est ce celle qui  est fière d'eux, de leurs vies, de leurs bonheurs, triste de leurs souffrances ?

Je ne sais que répondre à Sonia. Je ne peux pas lui raconter une mère douce, tendre et calme, j'ai peur de lui faire de la peine, et puis, ma mère à moi n'était pas non plus, calme, douce et tendre.

Peut-être que toutes les mamans se posent ces questions ?

J'ai donc dit à Sonia que j'en parlerai sur mon blog. Sauf que mon blog n'est pas très à jour, ni très lu. Pour une fois, j'aurai bien aimé. Pour Sonia.

Posté par patynat à 19:27 - - Commentaires [6] - Permalien [#]


Commentaires sur Une histoire qui m'interpelle

    une mère c'est faire ce que l'on peut avec son passé (sa propre enfance), son présent (ses propres enfants) et son futur (ses petits enfants), tout en ne s'oubliant pas en tant que personne. Alors avec un parcours rempli d'obstacles , c'est pas facile tous les jours...
    et moi j'aime bien venir lire votre blog alors continuez à nous raconter la vie ...

    Posté par Mamam Lilly, mercredi 5 mars 2008 à 22:39 | | Répondre
  • une histoire très touchante et très belle... malgré la tristesse...
    Apprendre à devenir une Maman... tout un programme... mais, même si on a eu une très bonne Maman il n'est pas toujours sûre que l'on fasse comme elle,(et faut il faire à tout prix comme elle ?) l'être est tellement complexe, rien n'est facile...
    Je pense que ses preuves d'amour passant par la nourriture, les bonnes choses,la douceur des confitures sont un langage tendre...
    Une mamam, cela écoute, cela prend du temps, cela renonce à certains projets, cela bouscule son emploi du temps pour son enfant... une maman aime et le dit, le redit, prend son enfant dans ses bras, l'embrasse,lui écrit des petits mots, lui prépare une tasse de chocolat avec un bon biscuit lorsqu'il se sent un peu fatigué et triste...accepte ses choix même si elle ne les approuve pas toujours, ce ne sont que quelques exemples... ceux qui me viennent tout de suite à l'esprit. Mais surtout rassure ton amie, la meilleure des mamans fait aussi des erreurs et le seul fait que ton amie se pose des questions montre qu'elle a été et est encore une bonne mamam.

    Posté par Ptite fanchon, jeudi 6 mars 2008 à 00:07 | | Répondre
  • un petit bonjour en passant en espérant que tout va bien.

    Posté par Ptite fanchon, jeudi 13 mars 2008 à 18:25 | | Répondre
  • je suis ûre que ton amie Sonia a été une bonne maman quand même... malgré certainement une extrême sensibilité comme ont toutes les personnes écorchées durant leur enfance.

    Posté par Nad, vendredi 14 mars 2008 à 12:16 | | Répondre
  • Témoignage émouvant que celui-là!

    J'ai eu des parents malhabiles et je n'ai jamais répondu à leurs attentes... J'ai su faire fi de leurs réprimandes et voir l'avenir avec enthousiasme.

    Ils sont maintenant des grands-parents malhabiles et je vois malgré tout le futur avec enthousiasme car les miens me ressemblent et me comblent au plus haut point. Ils me trouvent même bonne mère. J'ai eu droit à une promotion quoi!

    Posté par Anne (Gerdel), mercredi 19 mars 2008 à 22:21 | | Répondre
  • Je te souhaite une très belle fête de Pâques en famille !

    Posté par Ptite fanchon, jeudi 20 mars 2008 à 08:08 | | Répondre
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